La peau du monde en partage : pour un foncier collaboratif

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Mais qu’avions-nos en tête, lorsque nous avons parcellisé et cadastré la peau du Monde, que nous l’avons tatouée de documents d’urbanisme hachurés de balafres et de rayures ? Nous avons voulu faire de la terre, du sol qui nous porte, notre plaintive créature. Mais comme celle du Dr Frankenstein, la terre se rebiffe.

Partout dans le monde, les prix de l’immobilier grattent le ciel des grandes villes, pas sous l’effet de technologies nouvelles ou de process constructifs audacieux, mais par le seul embrasement des prix fonciers, enrichissement sans cause. Les foules sont coincées dans les embouteillages géants, dans la seringue d’accès à la richesse et au cœur battant de la civilisation, pendant que les petites villes et les campagnes se noient, loin des caméras et des voix qui portent.

Durant deux siècles, nos systèmes politiques ont été animés par le souffle idéologique de la Nation, portés par des Etats providence de plus en plus puissants, organisant les infrastructures liées à l’aménagement du territoire et la gestion foncière : fourniture d’énergie, rails et routes, logement social,… Au cours des dernières décennies, les difficultés des niveaux nationaux à travers le monde ont conduit à des stratégies plus territorialisées, basée sur la compétition entre villes sur leur attractivité respective, abandonnant les enjeux fonciers aux forces du marché.

Tout le monde a perdu à ce jeu : les Métropoles triomphantes suffoquent et sont menacées par la pénurie d’eau ou d’énergie. Elles sont assommées par le niveau inaccessible des loyers et des prix à l’achat. Dans le même temps, les territoires qui entourent ces soleils noirs perdent des emplois, des habitants, des services publics, là où le sol ne vaut plus rien.

Plusieurs pays font le pari d’un retour au niveau national for, au risque de politiques régressives et autoritaires, dans l’espoir vain de remonter le cours du temps pour consoler les blessures de la terre. D’autres essaient sans fin de produire suffisamment de logements abordables pour compenser l’évanouissement du stock disponible, aux endroits désirables.

Il existe pourtant un autre chemin : une approche collaborative de la terre, du sol comme commun. Une collaboration entre les personnes, à travers les phénomènes émergents des coopératives d’habitants et des Community Land Trusts (Organismes de Foncier Solidaire, en France), mais aussi des coopérations entre villes, pour partager l‘attractivité à une échelle plus vaste et développer des stratégies antalgiques aux fièvres du marché, jouant des échelles, des infrastructures, des coopérations économiques.

Nous appartenons au sol, il nous est commun : les politiques foncières collaboratives sont de la simple auto-défense d’une humanité condamnée à se réincorporer dans le monde.

 

(texte proposé en préface du chapitre foncier de l’ouvrage “50 solutions innovantes pour le logement”, de la Housing Solution Platform).

L’expression “la peau du monde” est empruntée au formidable Max Querrien, ancien Maire de Paimpol, dont tous les écrits méritent d’être dégustés jusqu’à la fin des temps.

 

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