Repositionner le logement social : une planète pour demain, une ville pour tous, un logement pour chacun

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(mon article paru dans le hors-série de La Lettre Habitat et Collectivités Locales, printemps 2019)

Le logement social a répondu aux défis majeurs de l’après-guerre et des trente glorieuses : reconstruction d’un pays en partie détruit, moteur de l’industrialisation du bâtiment, résorption de l’habitat insalubre et des bidonvilles, accueil des mobilités géographiques des jeunes ménages vers les grandes villes. Mais ces enjeux se sont estompés et disparaissent progressivement de la préoccupation collective des Français.

Concomitamment, le logement social a connu plus de difficultés à répondre aux enjeux émergents depuis les années 1980 : ségrégation socio-spatiale, dérapage des prix dans les grandes métropoles, l’effondrement de nombreuses villes moyennes, l’inclusion de nouvelles figures de demandeurs (psychiatrie, asile, jeunesse sans ressource, exclusion sociale).

Cela a sans doute facilité la remise en question du logement social, que constitue à elles seules la Réduction de Loyer de Solidarité (RLS) et le passage du taux de TVA à 10%, dans une relative indifférence nationale, en dehors des acteurs du logement social. C’est l’entretien et le développement d’un bien commun de la nation de 5 millions de logements qui se sont trouvés placés sous pression.

Or le logement social n’est pas seulement un bien commun, c’est surtout un outil commun. C’est un acteur majeur du BTP, non seulement pas sa propre production, mais dans les grandes agglomérations, celle-ci s’effectue majoritairement en VEFA[1]. Par ce biais, le logement social influe lourdement sur la production privée.[2] Il est un levier de la contribution du bâtiment à la pollution par les procédés constructifs et par la consommation d’énergie[3], à la lutte contre les îlots de chaleur : c’est le principal outil de lutte contre le changement climatique immédiatement à disposition de la commande publique.
Sa place dans la production publique et privée en fait également un acteur majeur de l’économie. Le  logement représente 21,9% du PIB en France  (24% de l’investissement et 28% de la consommation). C’est un grand pourvoyeur d’emplois demandant une faible qualification, susceptible de répondre à la plus grande partie des personnes aux chômage. Faire tourner la machine HLM, notamment pour verdir son parc est bon pour l’économie, comme pour le plein emploi. Le logement social est le premier levier d’une possible croissance verte qui se traduise par une amélioration de la qualité de vie.

Le logement social dessine également la ville. On lui a reproché la constitution des grands ensembles, mais ils correspondaient à la commande politique de l’époque : une autre commande bénéficierait du même outil et de plus en plus, le logement social devient un tisserand de la ville, au travers des formes bâties, de l’aménagement, de la vie au pied des immeubles, des liens avec les transports, des services qui dépassent largement le champ du logement mais permettent d’habiter pleinement un environnement. Certains bailleurs deviennent des exhausteurs de citoyenneté, en développant une véritable politique de co-gestion avec leurs locataires, en encourageant le pouvoir d’agir sur les attributions par la transparence de l’offre disponible, etc. Le logement social est le principal outil opérationnel à notre disposition pour répondre aux clivages qui se creusent dans la société, à l’étanchéité des groupes sociaux, aux crispations de l’espace public. Ces enjeux sont omniprésents dans les débats de société, et si chacun porte une opinion sur l’horizon souhaitable, personne n’identifie vraiment les possibles agents de l’amélioration. Clairement, il n’y a pas d’autre acteur aussi présent dans les villes, capable de répondre massivement et dans le réel à l’enjeu politique majeur de renouer les liens défaits de la Cité.

Le logement social est également le principal outil de gestion des changements démographiques, c’est le seul secteur auquel il est possible de demander de penser en amont des évolutions systémiques massives comme le vieillissement de la population, autant que la production de réponses aux besoins spécifiques, depuis l’habitat mixte des gens du voyage, jusqu’au PLA-I accompagnés à destination des personnes en souffrance psychique ou parcours d’insertion. Pour que la ville inclusive fasse une place symbolique à chacun, il faut qu’elle propose une place physique adaptée à chacun. Ce faisant, le logement social contribuera à réaliser le droit au logement promis par la législation française et internationale, donc à affermir l’état de droit dans la conscience collective.

Une planète pour demain, une ville pour tous, un logement pour chacun, sont trois axes actuels sur lesquels repositionner le logement social. C’est d’ailleurs le titre que s’est choisi le 2nd Festival International du Logement Social, qui se tient dans l’agglomération lyonnaise du 4 au 8 juin prochain. Une ambition qui nécessite de mieux se nourrir des expériences internationales les plus accomplies, de partager les enjeux avec l’ensemble de la société, de repenser le modèle économique et politique du logement social dans le contexte de montée en charge des collectivités territoriales et des outils publics d’investissement internationaux (Banque Européenne d’Investissement, etc.).

La production de logement social en 2019 s’annonce catastrophique. Nous sommes à l’aube d’une alternative vertigineuse : l’effondrement de notre principal levier de réponse politique et pratique aux enjeux essentiels de la période, ou au contraire, la régénérescence du logement social autour d’ambitions renouvelées et d’une société plus apaisée. A chacun de nous de se retrousser les manches pour contribuer au triomphe de cette seconde option.

 

 

 

 

 

[1]    La VEFA représentait 39% de la production totale de logement social en 2016, mais concentrée dans les zones tendues : 63% en zone A et 54% en zone B1. (Sylvain Gerini : La Vefa HLM. Cerema, 2018)

[2]    Témoin de cette importance le « coup de gueule » médiatique d’Alain Dinin contre la politique du logement du gouvernelent, en novembre 2018.

[3]    En 2013, le logement a émis 57 millions de tonnes de C02, soit 16% des émissions totales de la France (source : Ministère du Développement Durable)

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