Les hommes vides (hollow men. T.S. Elliot)

Comment is Closed

(traduction Marc Uhry)

 

I

Nous sommes vides

Des hommes fourrés

Vacillant ensemble

Bourrés de coton ras la gueule. Merde !

Nos voix sèches, quand

Nous marmonnons à l’unisson

Sont calmes, insensées

Comme le vent parmi les herbes sèches

Comme la course du rat sur les bris de verre

Dans notre cave sèche.

 

Silhouette informe, ombre sans couleur,

Geste immobile, force statique,

Ceux qui sont passés

Le regard droit vers l’autre royaume de la mort

Nous gardent en mémoire – s’il leur en reste – non pas

Comme des fantômes furieux, mais simplement

Comme des hommes vides

Des hommes empaillés.

 

II

Les regards que je crains de croiser en rêve

Au royaume chimérique de la mort

Eux, ne s’allument pas ;

Ici, les yeux sont

Un rais de lumière sur une colonne brisée

Là, un arbre valse

Et les voix sont

Le chant du vent

Plus lointaines et plus raides

Qu’une étoile finissante

 

Que je ne m’approche pas plus près

Du royaume chimérique de la mort

Et qu’on me laisse porter

Ces costumes assumés :

Manteau de rat, peau de corbeau, bâtons en croix

En plein champ

Coulant mes mouvements sur les caprices du vent

Pas plus près

 

Pas cette dernière réunion

Au ténébreux royaume

 

III

Voici la terre morte
Voici la terre des cactus
Ici les figures de pierre
Sont élevées, ici elles reçoivent
Les supplications de la main main mourante
Sous le grésillement d’une étoile finissante.

 

Est-ce ainsi
Dans l’autre royaume de la mort
S’éveiller seul
A l’heure où nous
Tremblons de tendresse
Les lèvres faites pour embrasser
Formulent des prières aux roches brisées

 

IV

Les yeux ne sont pas là
Il n’y a pas d’yeux, là
Dans la vallée des étoiles moribondes
Dans la vallée vide
Dans la mâchoire brisée de nos royaumes perdus

 

Dans ce dernier des espaces de rencontre
Nous tâtonnons ensemble
Et évitons de parler
Rassemblés sur la plage du fleuve gonflé

Sans regard, à moins que
Les yeux ne reparaissent
Etoile perpétuelle
Rose aux pétales pléthoriques

Du royaume sombre de la mort

L’espoir, seul

Des hommes creux.

V

Tournons autour de l’arbre à figues
De Barbarie, de Barbarie
Tournons autour de l’arbre à figues
A 5 heures pile du matin.

Entre l’idée
Et la chose
Entre le mouvement
Et l’acte
s’étire l’ombre

Car le Royaume est tien

Entre la conception
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
S’étire l’ombre

La vie est très longue

Entre le désir
Et le spasme
Entre la puissance
Et l’existence
Entre l’essence
Et la descente
S’étire l’ombre

Car le Royaume est tien

Car est tien
La vie est
Car il est tien

C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
Pas sur un bang : en gémissant.

fais tourner !

Seo wordpress plugin by www.seowizard.org.