Les indicateurs catarrheux de l’économie et de la justice sociale en France (ma petite synthèse commentée de l’étude de l’OCDE de mars 2015, avec les principaux graphiques)

« La France ne manque pas d’atouts : sa population jouit d’un bien-être enviable, d’une productivité et d’un taux d’activité des personnes de 25 à 54 ans supérieurs à la moyenne et d’inégalités de revenus modérées qui, contrairement à beaucoup d’autres pays de l’OCDE, ne se sont pas aggravées sur le long terme. Ces résultats économiques sont étayés par une structure industrielle diversifiée, un système bancaire solide et un niveau d’éducation élevé bien qu’inégal. Mais le PIB potentiel a ralenti en partie à cause de la crise ; la reprise économique a été décevante ; et le chômage est à un niveau élevé et continue d’augmenter. Les finances publiques sont fragiles, avec un déficit chronique et un poids important des dépenses publiques qui s’accompagne d’une fiscalité élevée et d’un endettement en hausse.

L’importante complexité des systèmes et institutions souligne le besoin d’accélérer les efforts de simplification. »

C’est ainsi que s’ouvre la dernière étude économique de l’OCDE sur la France.

La lecture de ce document est parasitée par les réflexes néo-libéraux qui surgissent ici ou là, confondant corrélation et causalités : le taux de chômage est élevé, le CDI est un statut protecteur, donc le chômage est la conséquence du droit au travail trop protecteur…

Pour autant, cette étude apporte des éléments nourrissants. Elle montre notamment la dégradation des indices économiques de long terme de la France, comparée aux autres pays.

Elle montre aussi qu’un haut niveau de dépenses sociales ne garantit pas forcément un haut niveau de justice sociale. La France consacre une part importante des dépenses publiques (elles-mêmes importantes) aux dépenses sociales, mais celles-ci ne sont pas forcément très bien ciblées : la part des dépenses sociales revenant au tiers le plus modeste de la population n’est pas très élevée comparée aux autres pays. Et les politiques sociales ne sont pas forcément efficaces : la France souffre par exemple d’un des plus importants niveaux d’influence de l’origine sociale sur les résultats scolaires. Et malgré la vieille promesse de 80% d’une classe d’âge au bac, la France est l’un des pays de l’OCDE, qui emmène le moins de monde vers les plus hauts niveaux de numératie et de littératie (habileté littéraire et mathématique).

En matière de qualité de vie, la France est assez loin des meilleurs pays de l’OCDE, en croisant plusieurs facteurs objectifs et subjectifs. Elle est même en dessous de la moyenne des autres pays, sur deux sujets qui font pourtant historiquement sa fierté : l’éducation, et l’engagement civique/gouvernance. Comme si les totems autour desquels s’enroule la République étaient tellement magnifiés que nous aurions du mal à les penser, à les observer rationnellement et à les améliorer.

Autre sujet d’étonnement, la France ne se situe qu’à une modeste douzième place (sur 22 pays) en matière d’inégalités de revenus, juste derrière… la Pologne. Encore plus inquiétant, alors que les amortisseurs sociaux lui ont permis de mieux résister à la crise qui a secoué le monde depuis 2007, la inégalités de revenu s’y sont creusées entre 2005 et 2012, alors qu’elles ont diminué ou stagné dans 178 pays sur les 22 observés.

Les indices économiques de fond ne sont pas terribles. L’activité stagne, les parts de marché à l’export diminuent et la balance commerciale est négative (seul le Royaume-Uni en Europe a une pareille balance commerciale…). La productivité horaire stagne, mais compte tenu de la baisse du temps de travail effectif, le chômage, les temps-partiel subis, les auto-entrepreneur, la productivité par personne tend à diminuer.

Les projections de l’OCDE me paraissent un peu fantasques car là encore, très encombrées d’idéologie. Les tentatives d’étude d’impact des mesures gouvernementales sur la croissance sont un peu scabreuses. La déréglementation du marché du travail ferait gagner 1 point de PIB (c’est étonnant, quand on sait que le statut le plus déréglementé, celui d’auto-entrepreneur correspond plutôt à une paupérisation des personnes et à un morcellement de l’activité : les services valent moins, ce qui représente techniquement une destruction de richesse) et encore plus magique, la déréglementation des services de réseau (gaz, électricité, transports…) ferait gagner 0,7 points de PIB. On se demande bien comment la promesse de baisse des prix pour un service déjà distribué universellement, donc un marché saturé, pourrait créer de la richesse supplémentaire : soit la libéralisation créée des emplois et augmente le coût d’usage, soit c’est le contraire : les prix baissent grâce à une « rationalisation de la masse salariale. »

Ces anticipations sont donc à prendre avec d’infinies précautions, mais il est intéressant de noter qu’en projections de tendances, malgré les discours de rigueur tenus depuis une dizaine dannées, les déficits et dettes des collectivités continuent d’augmenter. La dette brute des administrations publiques augmente de 0,7pts de PIB chaque année. Dans un contexte où les investissements, c’est-à-fire la « dette saine », se raréfient, alors que la pression fiscale s’est plus accentuée qu’ailleurs depuis 2010, cette augmentation est préoccupante.

Pour autant, l’augmentation des dépenses ne relève pas forcément d’une gestion nonchalante , ou d’un quelconque mammouth à dégraisser : la masse salariale des collectivités publiques est restée stable sur dix ans : ce sont les transferts et les prestations sociales qui ont tendance à déraper. Or si l’on rentre dans le détail de ces prestations sociales, le poids du logement logement, de l’emploi, des politiques d’urgence n’a pas augmenté. Les postes qui dérapent sont le vieillissement et les dépenses de santé.

Ce n’est pas la gestion publique qui accélère les déficits, ni même les inégalités, mais le traitement des personnes âgées.

De manière assez classique, la crise de la dette est aussi une crise de l’épargne et l’épargne réglementée ne cesse d’augmenter, y compris le livret A qui atteint des niveaux record. Il y a une alliance à repenser entre les collectivités qui doivent investir et les ménages qui détiennent l’épargne, pour une nouvelle coopération démocratique, qui ne soit pas à base de prêts sur les marchés financiers, mais d’outils d’investissements sécures capables d’attirer les investisseurs patients, entre autres sur le logement.

Le prix du logement reste en effet élevé est n’a pas connu d’ajustement à la baissecomme dans les autres pays européens, entre autres parce que les gouvernements successifs essaient de maintenir un volume de rendement susceptible d’attirer les investisseurs privés, pour garantir un niveau d’activité suffisant au BTP. La France connaît donc un marché immobilier à la hausse. Ce constat de l’OCDE pourrait être accentué en entrant dans les détails, car à travers une moyenne nationale, il n’est pas possible de percevoir que des zones détendues voient leur prix s’effondrer tandis que les zones tendues continuent à voir leur marché se durcir.

Le futur est menacé par le mauvais sort réservé à la jeunesse. La France connaît un taux d’emplois précaires chez les jeunes largement supérieur à la moyenne de l’OCDE et le taux de conversion des CDD en CDI à trois ans est à l’inverse particulièrement faible. Il y a moins de différences entre le niveau de chômage des personnes qualifiées et celui des personnes faiblement qualifiées, que dans les autres pays.

Le niveau des émissions de CO2 est moins élevé que la plupart des pays de l’OCDE, mais cela est surtout permis par l’importance de la filière nucléaire en France. Quand les autres pays européens ont développé les énergies renouvelables, la France, qui possédait une longueur d’avance a plutôt stagnée au cours des deux dernières décennies.

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