Il faut aider le Parlement Européen à donner une orientation sociale au Fonds d’investissement Juncker

Un des premiers actes de la Commission Juncker a été d’annoncer un fonds d’investissement stratégique de 315 milliards d’euros. Cette initiative traduit une revendication apparue avec la crise de 2008, parmi les tenants du « welfare State » : dans un contexte où les Etats sont tenus par des engagements réciproques qui brident leur capacité à assurer des politiques de relance, c’est au niveau Européen de s’en saisir, un peu à la manière dont Roosevelt avait relancer l’activité aux Etats-Unis après la grande dépression des années 30, notamment à travers des politiques d’investissement.

315 milliards d’euros, c’est un montant très important, mais limité si on le compare par exemple à celui du dernier plan de relance aux Etats-Unis, qui injectait 1 000 milliards de dollars dans l’économie (soit 800 milliards d’euros, pour une population presque deux fois moins nombreuse).

Si l’Europe doit jouer sur le long terme un rôle économique « d’avance à l’allumage », comme disait Keynes, il importe que ce Fonds Européen pour les Investissements Stratégiques (#FEIS, ou #EFSI en Anglais) réussisse et que les orientations qui lui sont données apportent quelque chose aux Européens, dans un climat d’euroscepticisme galopant.

Depuis trois mois, la question de la définition des champs d’application et des montants dédiés fait l’objet de négociations. Les 28 pays ont émis des vœux sur l’affectation des fonds, pour la partie les concernant, qui ont été rassemblées en grandes catégories.

Le projet doit ensuite être modifié par propositions du Conseil Européen (#Euco), qui réunit les chefs d’Etat et de Gouvernement, par le Parlement Européen et par la Commission.

Le Conseil Européen a rendu sa copie et il a notamment proposé de retirer les « infrastructures sociales et urbaines » prévues comme un des possibles axes de financement, ce qui limite aussi bien l’aide à la construction de logements sociaux qu’à l’investissement sur tous les équipements publics sociaux : crèches, centres sociaux, etc.

Le logement n’est pas complètement absent du projet révisé par le Conseil Européen, puisque les travaux d’efficacité énergétiques sont éligibles aux fonds, mais aussi bien pour les toitures des grandes surfaces que pour les logements dégradés.

C’est au tour du Parlement Européen de s’exprimer. Et il pourrait ramener des moyens sur le logement et l’hébergement, puisque l’amendement 412, présenté par trois députés français, prévoit d’introduire la possibilité d’investir dans « le domaine social, notamment dans le domaine urbain, le logement social, l’accueil des migrants et le logement des communautés marginalisées ».

D’autres amendements, 163, 435 et 447, visent à sanctuariser un sous-fonds dédié aux réhabilitations énergétiques en direction des ménages en précarité énergétique dont la Fondation Abbé Pierre et plusieurs organisations sociales et environnementales considèrent qu’elles doivent être une priorité, en raison de leur efficacité sociale, de santé, environnementale, de création d’emplois, d’indépendance énergétique, de balance commerciale…

Si le Parlement Européen parvient à infléchir l’usage de ce fonds, quoi que l’on pense de l’Union Européenne, quelles que soient les orientations politiques des uns des autres, ce sera l’occasion d’améliorer la vie de millions d’européens, pas uniquement les plus exclus, pas uniquement les plus urbains. Une occasion d’avoir un véritable intérêt commun entre les citoyens européens, à travers une politique de relance de l’activité économique et de l’emploi. Ce serait une belle réalisation.

Il faut aider le Parlement Européen à donner une orientation sociale au Fonds d’investissement Juncker.

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