Petit panier d’indicateurs européens sur le logement et l’exclusion sociale

En attendant la sortie à l’automne prochain de l’éclairage européen Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement, qui va être drôlement bien, quelques petits indicateurs ramassés ici ou là, qui m’ont paru assez éclairants.

Construction : où l’on découvre que l’effet de la Loi Alur sur la baisse de la construction est non seulement rétro-actif en France, mais qu’il est aussi contagieux sur toute l’Eurozone, bien avant sa promulgation. Effet magique très puissant.

La bêtise de l’argument expliquant que la baisse de la construction est liée à l’encadrement envisagé des loyers est démontée par le contexte européen. La France a au contraire résisté plus longtemps que ses voisins, notamment en raison du plan Fillon de rachat par le logement social de 30 000 logements « plantés » à la promotion privée, puis des partenariats entre promotion et HLM, à travers les ventes en VEFA, dans les grandes agglomérations, qui garantissait un volume de vente au privé.

Construction Eurozone

Dépenses publiques :

La France est le pays européen qui dépense la plus grande part de son budget pour le logement (pas forcément pour la solidarité, attention, les exonérations fiscales sont par exemple comptées dans ces données), mais contrairement aux représentations, elle n’est pas le pays qui dépense le plus pour l’éducation ou la protection sociale, loin s’en faut.

Dépenses publiques en Europe par pays

Dette des ménages : comment transférer l’endettement public, pour maintenir l’investissement…

La rationalisation de la dettes des Etats s’est largement opérée à travers un transfert de dettes vers les ménages, notamment par l’entremise des prêts immobiliers. Entre 1995 et 2007, une forte augmentation de la dette des ménages s’est opérée un peu partout, sauf dans les pays quelque peu lents au changement : l’Italie, la France et l’Allemagne. Les critères de convergence poussent à un émiettement de la dette, donc une augmentation du risque qui pèse sur les ménages, plus qu’à une véritable homéostase financière. Parce que chacun sait bien sur le fond, que les investissement doivent reposer sur l’emprunt, pour être plus importants. Il serait temps de rediscuter les critères de convergence, y compris à l’aune de leur propre téléologie.

dette des ménages

Evolution des inégalités de revenus depuis 2008 : des bienfaits d’un pays lent au changement…

Inégalités de revenus

Taux de propriétaires : la France est LE pays où le taux augmente.

Parce que le marché de la propriété est moins souple, moins rapide, parce que le risque est plus long, parce que les accédants sont les ménages les plus frappés par la crise (songeons seulement que 60% des accédants à la propriété en Pologne ont contracté un emprunt en Franc Suisse, dont la montée brutale a fait explosé les mensualités d’emprunt cet hiver…), tous les autres pays voient se maintenir ou se développer leur parc locatif…

evolution du taux de propriétaires

Expulsions : la France bien mal classée, sur le nombre de ménages expulsés.

Les expulsions ne semblent pas liées au taux de locataires, ni au taux de pauvreté ou d’inégalités entre les pays, mais aplutôt au taux d’exposiiton des ménages pauvres au marché. Là où les ménages pauvres sont ruraux et propriétaires de longue date (y compris de logements de mauvaises qualité, ce n’est pas un sésame…), ils sont moins expulsés que les pays ou les pauvres sont plus urbains confrontés au logement cher

Expulsions

Les jeunes empêchés de devenir adultes : part des jeunes vivant chez leurs parents

Bien sûr, les jeunes vivant chez leurs parents n’y sont pas tous astreints, des disparités culturelles peuvent expliquer des différentiels importants, notamment dans les pays à fort taux de propriétaires occupants, où l’acquisition du premier logement est souvent concomitante à l’installation dans une vie de couple, qui se traduit par un départ tardif du domicile parental. Pour autant, la part de jeunes chez leurs parents a augmenté depuis la crise principalement dans les pays les plus affectés, notamment les PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne), ce qui laisse à penser que ce n’est pas un mauvais indicateur de la difficulté des jeunes à être acceptés dans la société comme adultes, autant sur le marché du logement que sur le marché de l’emploi.

Plus on vit dans un pays riche, moins on est heureux : part de la population déclarant qu’aujourd’hui est un bon jour…

Good day    jeunes vivant chez leurs parents 2

fais tourner !

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