Dr Jekyll et Mr Europe : La Commission européenne veut contribuer à éradiquer la pauvreté

La Commission Européenne vient d’envoyer une très officielle « Communication » au Conseil Européen, au Parlement Européen, au Comité européen des droits sociaux, et au Comité des Régions.

Elle se propose de faire contribuer l’Europe à « un partenariat global pour l’éradication de la pauvreté et le développement durable, après 2015. » C’est un document principalement destiné à l’extérieur, pour renforcer la dimension solidaire et l’Etat de droit dans les pays émergents. Mais ce serait intéressant d’appliquer les préconisations de la Commission… à l’Union Européenne.

En voici un petit résumé. Derrière le jargon et les bons sentiments, on a envie de dire : chiche !

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=COM:2015:44:FIN&from=EN

Deux temps importants émailleront l’année 2015, qui justifient une prise de position européenne : la troisième conférence internationale sur le financement du développement à Addis Abiba, en juin. Puis le sommet sur l’agenda post-2015 pour le développement, à New-York en septembre.

La Commission affirme vouloir éradiquer la pauvreté, notamment consciente que l’assurance des droits fondamentaux est la condition de sociétés prospères et pacifiées. Ce nouveau partenariat doit régénérer les relations internationales dans un esprit de solidarité, de responsabilité partagée, de devoirs mutuels, d’implication proportionnelle aux capacités de chacun. Le partenariat global repose sur les valeurs partagées des droits de l’homme, de bonne gouvernance, de l’Etat de droit, de soutien aux institutions démocratiques, de société inclusive, de non-discrimination et d’égalité de genre.

Afin d’optimiser les efforts au lieu de les mettre en compétition, une attention particulière sera portée aux enjeux climatiques et aux démarches qui peuvent les conjuguer à l’éradication de la pauvreté et au développement durable.

Les coopérations plus effectives et inclusives, associeront aussi les acteurs du secteur privé, la société civile, les partenaires sociaux, les fondations, les universités et institutions liées à la connaissance, les collectivités publiques. Leur succès implique une cohérence à tous niveaux des politiques publiques contribuant à la réduction de la pauvreté et au développement durable.

Au niveau national, les Gouvernements devront décider de leur contribution aux objectifs et cibles partagées, en consultation étroite avec leur population, gardant à l’esprit l’objectif de faire profiter toute la population des stratégies de développement, particulièrement, les plus vulnérables.

Les pays doivent mettre en place des institutions responsables, des politiques transparentes, redevables devant les citoyens, à travers des processus démocratiques, dans le cadre de l’Etat de droit. Cela inclut notamment la mise en place d’un droit positif, prédictible, qui vise à promouvoir et protéger les droits de l’homme, un droit du travail protecteur et la gestion durable des ressources naturelles.

La bonne gouvernance implique des budgets dont la ventilation et l’utilisation doivent pouvoir être décidée selon des processus participatifs, suffisamment publics pour permettre leur évaluation et lutter contre la corruption.

Les Gouvernements doivent promouvoir une croissance à la fois durable et inclusive, bénéficiant à l’ensemble des citoyens, y compris les exclus et les communautés marginalisées. Les financements publics devront faire levier pour accroître la demande de produits et services durables, à partir de critères sociaux et environnementaux.

Une attention particulière mérite d’être portée à des secteurs-clés, tels que l’agriculture, la santé, l’énergie, qui peuvent contribuer à une variété d’objectifs. Les politiques publiques qui encourageront et permettront la création d’emplois dignes, offrant une protection sociale correcte pour tous, tout comme celles qui favoriseront l’investissement dans le capital humain, à travers l’éducation, la formation et le développement des talents, sont d’une importance décisive. Résorber les inégalités et l’exclusion sociale, en particulier envers les plus vulnérables, les femmes, les enfants, les personnes âgées, les handicapés, demeure essentiel.

Une autre étape clé est l’arrêt des aides publiques aux activités dommageables pour l’environnement, comme les subventions aux énergies fossiles, pour les remplacer par des politiques encourageant des pratiques plus respectueuses de l’environnement et qui contribuent plus efficacement à la réduction de la pauvreté.

A l’échelle internationale, l’agenda post-2015 devra reposer sur une gouvernance transparente et effective, des marchés financiers stables et une coopération économique qui supposent un certain niveau de réglementation. Les institutions internationales doivent être éperonnées par des dispositifs d’évaluation et de suivi des progrès accomplis en vue de la réalisation des objectifs affichés.

En dehors des institutions, de nombreux accords particuliers doivent être pris et engagent déjà la plupart des pays et l’Union Européenne, qui est volontaire pour assurer un rôle de leader et de contribuer davantage à la mise en œuvre de plusieurs traités multilatéraux dans les domaines de la santé, de l’environnement et de la gouvernance maritime.

Pour s’assurer de la mise en œuvre de ces objectifs, le nouveau partenariat global devra être en capacité d’évaluer les besoins, de collecter l’information, d’évaluer la mise en œuvre des objectifs et d’en dresser le bilan.

Une meilleure mobilisation des deniers publics implique des outils renforcés de contrôle, d’audit, des dispositions anti-fraudes et anti-corruption, un reporting par pays, pour combattre les transactions financières illicites, l’évasion fiscale, le dumping fiscal et les paradis fiscaux. Pour satisfaire cet objectif, des normes internationales encadrant les politiques fiscales méritent d’être établies.

L’intégration croissante des marchés financiers et la mondialisation économique font naître de nouvelles difficultés à assurer l’équilibre des comptes publics. La coopération internationale pour assurer un environnement fiscal transparent, coopératif, équitable, est nécessaire pour accroître la mobilisation du revenu national.

Tous les pays devraient établir une feuille de route visant à affecter plus efficacement les moyens publics à l’affirmation de biens communs, tels que le climat et la biodiversité, ainsi qu’aux secteurs-clés contribuant à réduire la pauvreté.

Pour s’assurer d’une meilleure coopération internationale au service de la réduction de la pauvreté, chaque pays devrait verser 0,15% de son revenu national brut, au service du développement des pays les moins développés.

L’Union considère que les échanges commerciaux sont un élément majeur de la lutte contre la pauvreté et souhaite réaffirmer la prééminence de l’Organisation Mondiale du Commerce. L’Union Européenne constate que le libre échange a permis d’importants taux de croissance dans la plupart des pays en voie de développement, permettant à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, mais constate que les pays les moins développés demeurent marginalisés dans les échanges mondiaux. Elle réaffirme sa stratégie visant à faciliter l’ouverture de son marché intérieur aux produits venant des pays les moins développés qui n’ont pas encore rejoint le train de la croissance.

Dans ce cadre, les mesures doivent être renforcées pour combattre les échanges commerciaux illicites et préjudiciables à l’environnement, comme le trafic d’animaux sauvages et de ressources naturelles. L’Union souhaite développer des outils tels que son initiative pour une Gouvernance internationale juridique et commerciale de la forêt.

La plupart de la propriété intellectuelle est aujourd’hui dans des mains privées, qui posent problème pour leur plus grand partage. Les pays devraient mener des politiques facilitant la dissémination des technologies et des savoir, mais dans les règles respectueuse de la propriété intellectuelle, telles que définies par l’OMC. Cela passe par exemple par des coopérations public-privé renforcées, qui permettraient d’intervenir en amont sur la possibilité de circulation des technologies. Les partenariats internationaux doivent viser à cette facilitation, notamment pour les technologies et connaissances vitales ou utiles à la protection de l’environnement.

La coopération internationale sur les transferts de connaissance ne doit pas viser uniquement les technologies, mais aussi les investissements de long terme centrés sur l’humain et l’environnement, dont le contour et les modalités doivent être dessinés en coopération avec les populations bénéficiaires.

Les pays devront encourager le développement de modèles économiques privés innovants plus axés sur la contribution et l’insertion des personnes en situation de pauvreté, que ce soit comme producteurs ou consommateurs.

Le nouveau partenariat global devra permettre des coopérations valorisant mieux les bénéfices des migrations internationales et réduisant les situations de vulnérabilité. A l’avenir, dans le cadre de l’agenda européen des migrations, l’Union s’efforcera de mieux articuler ses politiques migratoires et de développement, dans un cadre de coopérations renforcées avec les pays les plus concernés.

fais tourner !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Seo wordpress plugin by www.seowizard.org.