Contre le tourisme social : badgeons les mendiants

C’est une colère partagée, que notre hospice n’ait été d’aucun bénéfice pour cette ville, pour l’objet en vue duquel il a été conçu par notre Parlement. J’ai eu l’honneur d’être un membre de celui-ci de nombreuses années avant qu’il ne soit remodelé par le législateur; non par une délégation liée à mes qualités personnelles, mais simplement comme l’un des deux doyens, qui sont bien sûr associés à la plupart des commissions qui se rapportent à la ville; et j’ai également l’honneur d’avoir été écarté de plusieurs commissions auxquelles mes prédécesseurs avaient pourtant été associés.

La première commission a été constituée d’une cinquantaine de personnes, qui ont été, le lord-maire, les échevins, et les shérifs, et quelques rares autres citoyens; les juges, les deux archevêques, les deux doyens de la ville, et un ou deux autres messieurs. Et je dois avouer mon impression que la dissolution de l’ancienne commission, pour la remplacer par un groupe près de trois fois plus nombreux, a largement contribué à rendre une si belle conception non seulement inutile, mais à en faire un problème plutôt qu’un avantage pour la ville. Tout le clergé de la ville participe à la commission actuelle, en plus d’un grand nombre d’écuyers; non seulement ceux qui résident à Dublin et alentour, mais plusieurs qui vivent à une grande distance, et n’ont pas de raison particulière de se préoccuper des problèmes de la ville.

Au cours des assemblées générales auxquelles j’ai assisté, j’ai pu constater que très peu a été fait, sauf un ou deux actes de justice extrême, qui auraient pu largement être épargnés aux justiciables ; et je ai trouvé la coterie des fonctionnaires en proie permanente aux petites querelles au sujet des cochers, de comptes de farine et de petite bière; qui pour avoir leur légitimité, ont contribué à éclipser des enjeux et obérer des débats autrement plus importants.

Je souhaite témoigner ici du projet d’établir une « Maison des pauvres », dotée d’un budget substantiel, pour accueillir les pauvres et les orphelins de la ville provenant des quartiers où l’activité des paroisses n’y suffit pas. Je vous propose de nettoyer les rues de toutes les sébiles, des étrangers, et des mendiants robustes, par lesquels, à l’admirable stupéfaction universelle, Dublin est plus infestée depuis la création de la Maison des pauvres, qu’elle n’a jamais été connu pour l’être depuis sa fondation.

Comme l’ensemble des moyens nécessaires à cet hospice est levé auprès des habitants de la ville; rien ne serait plus absurde que de les voir mal employés au profit de mendiants étrangers, bâtards, ou orphelins des agriculteurs, dont les pays d’origine n’ont jamais versé un seul shilling pour les soutenir. Je voudrais prouver que la moitié de ce budget, s’il est employé avec soin, et sans plus de zèle que l’honnêteté ordinaire, suffirait à répondre aux besoins de cette ville, à savoir un petit nombre de pauvres provenant de chaque paroisse, qui pourraient, sans être un fardeau intolérable pour les paroissiens, trouver une aide offrant une vie décente.

J’ai depuis quelques années voulu convaincre les lords-maires et l’archevêque de Dublin, d’un remède à ce mal des mendiants étrangers; et ils semblaient tous prêts à recevoir une proposition très simple : badger les mendiants des rues en fonction de leur paroisse d’origine.

Ils devraient porter leur badge ainsi distribué, sur l’une de leurs épaules, toujours visible, sous peine d’être fouettée et jeté hors de la ville; ou tout châtiment légal susceptible d’être considérée comme correct et efficace. Mais, par la mauvaise façon de penser dans certains ecclésiastiques et par l’indifférence des autres, cette méthode a été perpétuellement reportée, ce qui serait de maigre conséquence si ce mauvais choix n’affectait qu’eux, coupables de ne pas appliquer le remède qui les soulagerait et qui repose entre leurs mains, mais ce n’est pas le cas : les commerçants comme les prostituées doivent en supporter une part égale de charge, dans leur chagrin horaire.

Je n’ai jamais entendu qu’une seule objection contre cette solution de badger les pauvres, et de confiner leurs déambulations entre les paroisses. L’objection était la suivante : que ferons-nous avec les mendiants étrangers ? doit-on les laisser mourir de faim ? Je répondais que non; mais ils doivent être fouettés et conduits hors de la ville; et laissez donc la prochaine paroisse de campagne en faire autant, s’il vous plaît, et ainsi, les renvoyer d’une paroisse à l’autre, jusqu’à ce qu’ils atteignent leurs propres maisons. Par les anciennes lois d’Angleterre, toujours en vigueur, chaque paroisse est tenue de subvenir aux besoins de ses pauvres; et la question n’est pas de si lourde conséquence comme certains voudraient le faire croire, que la paroisse de campagne soit riche ou pauvre. Dans la plus éloignée et la plus pauvres des paroisses du royaume, tous les objets nécessaires à une vie décente pour les personnes pauvres sont relativement moins chers, comme le beurre, la farine d’avoine, les pommes de terre et autres légumes; et chaque agriculteur ou propriétaire de cabane qui n’est pas lui-même un mendiant, peut parfois concéder une soupe ou un morceau de pain, même pas le quart d’un sou, à un voisin indigent de sa propre paroisse, invalide au travail. Le mendiant originaire de la paroisse est connu du bourgeois, du prêtre papiste, de l’enseignant, de tous les paysans : il a généralement des relations capables de l’aider à vivre, et de contribuer pour quelque chose à son entretien. Avantages auquel il peut légitimement prétendre et dont il sera privé en terre inconnue. S’il n’est pas complètement mutilé, il pourra obtenir la moitié des frais d’entretien, pour lui et son troupeau, la litière des gamins (s’il en a), en accomplissant un travail à sa mesure, et ainsi représenter une charge moindre pour ses voisins. En bref, tous les moyens nécessaires à la vie poussent vers la campagne, et non vers les villes, et sont moins onéreux là où ils sont produites. Il est injuste que les mendiants soient à notre charge pour leurs vivres comme pour leur train.

Mais, quand l’esprit d’errance prend le mendiant, accompagné de ses femmes et de leur équipage d’enfants, il devient une nuisance pour l’ensemble du pays; lui et ses femmes sont des voleurs et apprennent le métier de voler à leur progéniture dès quatre ans; et si ses infirmités sont feintes, il peut même être dangereux pour une personne seule sans arme qui le croiserait sur la route. Il erre d’une campagne à l’autre, mais toujours en vue de cette ville, où il arrive enfin, et jouit de tous les privilèges d’un mendiant de Dublin.

Je ne m’étonne pas que les hobereaux soient très disposés à les envoyer vers les colonies; mais que la ville se doive de les accueillir sans rien de plus, est au-delà de mon imagination. Si les engagements de la ville l’obligent à prendre en charge mille mendiants, imaginez l’économie, si on en envoyait 80% à une centaine de miles, où dans n’importe quel territoire lointain.

Il n’y a pas de village en Connaught, d’où n’essaiment perpétuellement des mendiants étrangers, qui viennent alourdir la part des misères de l’Irlande qui pèse sur la capitale, et qui pourraient être bannis sous un mois, sans frais, et sans difficultés.

Comme je connais personnellement un grand nombre de mendiants dans les rues, j’ai pu constater quelques faibles tentatives, dans une ou deux paroisses, pour promouvoir le port des insignes ; et ma première question à ceux qui demandent l’aumône est, « Où est votre badge? » J’ai, depuis plusieurs années, rencontré une douzaine de mendiants qui étaient prêts à les produire, certains les tirant de leur poche, d’autres de sous leur manteau, et deux ou trois qui les portaient sur leurs épaules, seulement recouvert d’une sorte de capes, dont ils pouvaient lever ou laisser tomber dans l’occasion. Ils sont trop paresseux pour travailler, ils n’ont pas peur de voler, ni honte de mendier; et pourtant ils sont trop fiers pour être vus avec un badge ? Beaucoup d’entre eux me l’ont avoué, et en termes très dommageables, en particulier les femmes. Ils regardent tous une telle obligation comme une grande indignité faite à leur orgueil. Je lance un appel à tous les gens indifférents : ces misérables méritent-ils d’être soulagés ? Quant à moi, je dois l’avouer, cette insolence absurde m’a tellement affecté, que depuis plusieurs années je n’ai pas accordé le moindre sou à un mendiant dans la rue, ni l’intention de le faire jusqu’à ce que je vois une amélioration de la réglementation; et j’ai essayé de convaincre tous mes concitoyens de suivre mon exemple, ce que la plupart d’entre eux m’assurent faire. Car, si la mendicité n’est pas en mesure de surmonter l’orgueil, elle ne peut pas mériter la charité. D’autant que les  seigneurs qui vont en carrosse et en chaise à porteurs partagent peu de la persécution dont nous souffrons par les mendiants ; ils nous laissent, mes frères marcheurs et moi, porter entièrement la charge de l’aumône.

Pour dire la vérité, il n’est pas de cercle vicieux plus indigne du genre humain que la trajectoire suivie par la majeure partie de ceux qui sont réduits à la mendicité, même dans ce pays misérable. Car, comme une grande partie de nos misères trouve sa source dans nos propres fautes (même si j’ai trop d’expérience pour veiller à ne pas lister ces dites fautes), je suis certain que, parmi les personnes qui sont réduites à la faim, dix-neuf sur vingt ne le sont pas devenues par ce que les avocats appellent l’oeuvre de Dieu, que ce soit sur leur corps ou sur leurs biens, mais par leur propre paresse, assistée de toutes sortes de vices, notamment l’ivresse, le vol, et la tricherie.

Celui qui s’enquiert, comme je l’ai souvent fait, à ceux qui me demandaient l’aumône, ce qu’était leur ancienne vie, va les trouver domestiques dans de bonnes familles, commerçants, ouvriers, villégiateurs et ménagères ; mais diminués, criblés, sans autre explication que l’oisiveté et le vice.

Nous sommes le seul pays chrétien où les gens, contrairement à la vieille maxime, sont la pauvreté, et non la richesse de la nation; de sorte que nous avons converti la bénédiction « croissez et multipliez » en une malédiction. Le mariage a été toléré de tout temps dans tous les pays libres, mais nous devrions être moins malheureux s’il était découragé dans le nôtre, autant que cela peut être compatible avec le christianisme. Il est rarement connu en Angleterre, que l’ouvrier, le serviteur, pense à se marier, tant qu’il n’a pas économisé une quantité suffisante d’argent par l’exercice de son activité. Il ne prend pas une femme sans une situation appropriée, ce qui se peut aisément car il échoue rarement à réaliser les économies nécessaires à l’entretien de ses enfants. Mais dans ce royaume la situation est contraire, où plusieurs milliers de couples s’unissent chaque année, dont toute la fortune réunie, retenant une guenille sur le dos, ne suffit plus à acheter une pinte de lait de beurre, pour le souper du mariage, ni à assurer la continuité de leur état, que ce soit par le service, le travail ou le vol. Non, leur bonheur n’est souvent différé que jusqu’à ce qu’ils trouvent un crédit à contracter, ou la ruse de subtiliser un shilling pour payer leur curé papiste.

Ce ne serait pas un bien grand miracle de sagesse que de trouver un remède contre ce mal destructeur, ou au moins tirer les conséquences de son apparition dans notre ville en décomposition, dont il a désolé et couvert de ruines la plus grande partie, en à peine quelques années. Dans tous les autres pays, qui ne sont pas absolument barbares, les parents pensent qu’ils sont tenus par la loi de la nature et de la raison, de prendre des dispositions pour leurs enfants; mais la raison invoquée par les habitants de l’Irlande pour se marier, c’est qu’ils peuvent avoir des enfants pour les entretenir quand ils vieilliront et seront incapable de travailler.

Je suis informé, que nous avons été depuis quelque temps extrêmement appréciés en Angleterre pour un commerce très lucratif ; car il semble que les Anglais se soient arrangés de façon plaisante pour nous transmettre continuellement des colonies de mendiants, en échange d’un million en argent qu’ils reçoivent chaque année d’ici. Je peux certifier sans risque d’erreur qu’il s’agit de vrais mendiants anglais dans le sens littéral du mot, car ils sont généralement compris par les protestants. Il semble que les juges de paix et officiers de paroisse des côtes occidentales de l’Angleterre, aient fait preuve d’opiniâtreté et de continuité dans l’exportation de leurs mendiants ici surnuméraires, afin de faire avancer l’intérêt protestant anglais parmi nous. Sympathiquement, ils nous en proposent des gratuits et sans frais de port. J’ai eu l’honneur plus d’une fois d’assister à de grandes cargaisons de mendiants transitant de Chester à Dublin : et j’étais alors si ignorant que je proposai que notre ville les reçoive dans Bridewell et qu’après un séjour d’un mois, après avoir été bien fouetté deux fois par jour, nourri avec du son et de l’eau, et mis aux travaux forcés, ils soient restitués honnêtement, gracieusement, aussi peu cher qu’ils sont venus: ou, si cela n’était pas approuvé, j’ai proposé, que si un Anglais pouvait à juste titre être considéré comme valant douze irlandais, nous devions, dans un esprit de justice, en retourner douze fois plus qu’il en était venu, s’il vous plaît.

Quant aux pauvres originaires de cette ville, il y aurait peu ou pas de dommages à les confiner dans leur paroisse. Par exemple, un mendiant de la paroisse de Saint-Warburgh, ou de toute autre paroisse, s’il est un objet de compassion, a une chance égale de recevoir sa part d’aumône de chaque main de bienfaisance, d’habitants traversant la ville de part en part et donnant leur aumône sans tenir compte de l’endroit où ce peut être le plus opportun. Ces aides, ajoutées à ce qu’ils obtiennent en vivres en allant de maison en maison parmi la noblesse et les citoyens, seront , sans être très lourdes, suffisantes pour les maintenir en vie.

Il est vrai, les pauvres des paroisses de banlieue n’auront pas tout-à-fait le même avantage, parce qu’ils mendient le long de routes moins empruntées par les badauds et les marchands. Mais ici, il doit être considéré que ces mendiants ont moins de prétention à la charité publique, dans la mesure où la plupart d’entre eux proviennent de ces campagnes et contribuent lourdement à cette grande nuisance que nous devons résorber.

Je serais porté à croire que peu de choses peuvent être plus pénible à un prêtre urbain, qu’une bordée de mendiants qui n’appartiennent pas à son quartier; qu’il n’a aucune obligation de prendre en charge, qui ne font pas partie de son troupeau, et qui prennent le pain de la bouche de ceux à qui il appartient légitimement. Quand j’évoque cet abus au prêtre d’une paroisse de la ville, il en reporte généralement la faute sur les bedeaux, qui, dit-il, sont soudoyés par les mendiants étrangers; et, comme ces bedeaux tiennent souvent des cabarets, ils trouvent leur compte dans ces clients. Ce mal pourrait être facilement résolu, si les paroisses augmentaient un petit peu les salaires des bedeaux, et se montraient plus prudentes dans le choix de ces agents. Mais j’imagine une méthode efficace qu’il appartient à chaque ministre du culte de mettre en pratique, en faisant valoir l’intérêt de ses propres pauvres pour chasser les intrus d’origine étrangère ; si les mendiants de la paroisse interdisaient absolument, se faisant les agents du prêtre et de l’église, à toute poussette ou carriole d’approcher la paroisse, sous peine de ne pas être autorisés à demander l’aumône à la porte de l’église, ou dans les maisons et les magasins des habitants, ils empêcheraient les intrus plus efficacement que vingt bedeaux.

Et là, je ne peux que prendre acte de la grande négligence des commerçants de notre ville, qui acceptent de voir leurs portes assiégées par une foule de mendiants, au grand dégoût et la fuite d’un grand nombre de clients, qui je ai souvent vu aller vers d’autres magasins, plutôt que de subir une persécution, ce qui pourrait facilement être évité, si aucun des mendiants étrangers n’était autorisé à les infester. C’est pourquoi j’affirme que les commerçants, qui sont les plus premiers à se plaindre de ce préjudice, en déplorant que, pour chaque client, ils sont dérangés par cinquante mendiants, méritent ce qui leur arrive : il suffirait qu’un apprenti équipé d’une cravache s’emploi à corriger chaque mendiant qui n’arbore pas l’insigne de la paroisse sur son épaule de manière visible ; si cette pratique était universellement appliquée à chaque vagabond gaillard, nous pourrions clairement vider en quelques semaines la ville de tous les mendiants, sauf ceux qui ont peuvent légitimement prétendre à notre charité. Aux personnes âgées et aux infirmes, il suffirait de ne rien donner : ils devront bien mourir de faim, ou suivre leurs frères.

C’est notre ville qui a doté cet hospice et ceux qui ont contribué par la suite y disposent tous de leur habitation ordinaire, raison pour laquelle cet hospice est dédié aux pauvres de la ville. Le budget voté par le Parlement est entièrement prélevé sur la ville, sans la moindre participation de toute autre partie du Royaume et donc, rien ne pouvait être plus contraire à l’esprit initial de ce projet que de mal affecter ces moyens en aidant les mendiants et les bâtards originaires de régions qui ne participent en aucune manière à ce projet.

Si certains étrangers à nos paroisses sont surreprésentés de manière consternante, la raison doit en être que la plus grande partie de ces pauvres errent à travers le pays, se nichent où ils peuvent trouver des logements bon marché, et à partir de là, infestent chaque partie de la ville, ce qui mérite de leur infliger le fouet, en tant que nuisance insupportable, n’étant rien d’autres qu’un clan de voleurs prodigues, d’ivrognes, de païens, d’impudiques, de fraudeurs qui préfèreraient être extirpé de la surface de la Terre, plutôt que de subir l’impôt annuel de la ville,… qu’il prendrait tant d’effort à diffamer, tant ils nous oppressent, nous, nos voisins, nos frères, nos compatriotes, nos compatriotes protestants, et camarades de conversation.

Il y a quelque temps j’ai été nommé par l’un d’un comité pour enquêter sur l’état de l’hospice. Nous avons identifié qu’une personne adulte a été prise en charge pendant une longue durée, de sorte qu’il a beaucoup profité, et pesé sur le budget de l’établissement. Alors que dans le même temps toutes les personnes bénéficiant de cette solidarité sont sorties du dispositif, celui-ci a continué à profiter, entraînant progressivement les nouveaux arrivants, généralement un paquet de prodigues, vagabonds misérables venus des quatre coins du royaume, et qui, de manière partielle ou perfide, intéressée ou ignorante, ignorante ou dans l’erreur, ont corrompu tout le reste, en contribuant à saturer non seulement les offres d’emploi, mais la charité elle-même.

Je connais l’argument sur la difficulté qu’éprouvent les forces de l’ordre à conduire les mendiants étrangers hors de la ville et que ceux-ci trouvent meilleur compte à supporter que les vagabonds étalent leurs compétences dans tous les quartiers de la ville. Mais cette paresse pourrait facilement être résolue, et très à l’avantage de toute la ville, si de meilleurs salaires étaient donné à ceux qui doivent effectuer cette tâche dans les différentes paroisses et qu’ils étaient plus intéressés à nettoyer la ville de ces parasites, par un emploi correctement rémunéré. Et pour ceux qui passeraient au travers des mailles du filet, la résolution unanime de ne jamais faire l’aumône à un mendiant dépourvu du badge clairement visible de sa paroisse, forcerait tous les vagabonds à s’en aller.

C’est l’esprit vagabond généralement répandu parmi les mendiants, qui devrait être découragé et sévèrement puni ! C’est ce vilain trait de caractère qui les a bien souvent conduit à la misère, accompagné par la paresse, l’ivrognerie, les mariages sur un coup de tête, sans la moindre perspective de pouvoir soutenir une famille par un travail honnête ; sans même que l’idée d’un travail honnête ne leur effleure l’esprit. C’est à peine si une vingtaine de mendiants apprécient encore le pain qu’on leur donne. On en a vu plus d’un vider la cruche de bon bouillon qui lui était offerte dans le caniveau. Ils n’ont de considérations pour les vêtements que ce qu’ils peuvent en vendre, ou en faire des chiffons d’apanage qui sont leur outil de travail. Ils n’aiment plus guère que la bière, le cognac et autres liqueurs fortes qui ne peuvent s’obtenir sans argent, et l’argent tel qu’ils se l’imaginent, coule à flots au centre-ville.

J’aurais encore quelques pensées à partager sur ce thème, mais comme je suis de nature discrète et que j’ai assez bien démontré la faible disposition de nos concitoyens à faire un pas vers eux-mêmes en se débarrassant en toute simplicité du mal qui les ronge, il sera pensé que j’en ai déjà trop dit, sans véritable conséquence effective, ce qui a été souvent le sort ou le destin de l’écrivain.

Jonathan SWIFT doyen de Saint Patrick. Le 22 avril 1737.

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