Migrations récentes : comprendre les routes, les masses, les motifs… (d’après le rapport de l’OCDE)

L’OCDE vient de livrer (6 janv. 2015) un rapport très complet sur les mouvements migratoires et l’intégration des immigrés et de leurs enfants sur le marché du travail, avec des analyses de tendances globales et par pays, qui permettent d’actualiser et objectiver les impressions déformées par l’émoi que suscite ce thème politiquement sensible.

http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/social-issues-migration-health/perspectives-des-migrations-internationales-2014_migr_outlook-2014-fr#page11

L’immigration est stable quantitativement, elle avait baissé de 0,8% entre 2011 et 2012, elle a augmenté de 1% en 2013. Sur le plus long terme, la baisse est sensible, l’immigration nette moyenne a été divisée par deux, passant de 4,4 personnes pour mille habitants, à 2,6 pour mille, entre les périodes 2005-2008 et 2009-2012. Mais à l’intérieur de ces évolutions, des évolutions importantes sont à l’oeuvre.

Le premier constat est la grande volatilité des routes migratoires : les migrations liées à la libre circulation en Europe ont par exemple chuté de 35% entre 2007 et 2010, pour rebondir ensuite mais vers d’autres pays de destination. Alors qu’auparavant, les pays méridionaux étaient privilégiés, les routes se sont déplacées vers l’Allemagne (qui a accueilli en 2012 à elle seule, 1/3 de tous les européens changeant de pays).

La Chine est le premier pays d’origine, de manière assez constante (10% des migrations dans l’OCDE), tandis que les autres régions connaissent des flux plus aléatoires : le nombre de personnes provenant d’Europe orientale a augmenté puis baissé, l’immigration en provenance d’Amérique latine a elle connu une érosion constante. La Roumanie (5,6%) et la Pologne (5,4%) complète le trio de tête des pays d’origine des migrants.

L’émigration « d’élite » augmente fortement, +70% de personnes ayant un niveau d’instruction élevé en une décennie. Les immigrés hautement qualifiés représentent 45% de l’accroissement des personnes nées à l’étranger. Le nombre d’étudiants effectuant des études dans un pays dont ils ne sont pas ressortissants a doublé depuis 2000 et ils sont désormais 4,5 millions dans les pays de l’OCDE. Nos représentations sont souvent éloignées des réalités : il y a dix fois plus de français à Londres que de roms Roumains en France… Mais le taux de déclassement est de 50% supérieur aux ressortissants nationaux. Les jeunes diplômés qui quittent l’Europe méridionale pour aller tenter fortune au Royaume-Uni ou en Allemagne sont souvent cantonnés aux petits boulots.

Sans surprise, le ralentissement économique a entraîné un double mouvement d’accélération des migrations intra-européennes liées à la libre circulation et de diminution des migrations permanentes ou temporaires liées au travail en provenance de pays tiers (-12% en 2012, au tot(al, dans l’Union Européenne, la baisse est de 40% depuis 2007). Les désordres politiques et les conflits ont entraîné une hausse de la demande d’asile +20% en 2013, principalement liée au conflit Syrien (là encore, principalement vers l’Allemagne, qui a enregistré 110 000 demandes d’asile, mais rapporté à la population, la Suède demeure le premier pays d’accueil).

Sur le marché de l’emploi, la crise a frappé plus durement les immigrés. Parmi les 15 millions de chômeurs supplémentaires de l’OCDE, 20% étaient nés à l’étranger (principalement une main d’oeuvre temporaire, par exemple agricole, dont beaucoup ont quitté le pays en question. La baisse des migrations pour un travail saisonnier a été de -64% entre 2007 et 2012).

La France ayant été moins impactée par la crise que les autres pays, il est normal que les migrations y aient connu des modifications plus estompées. En 2012, le nombre de migrants arrivant sur le territoire est légèrement supérieur à la moyenne des années 2007-2011, ce qui la situe dans le peloton européen. En 2013, la France a accueilli  60 000 demandeurs d’asile, plus que les années précédentes, mais encore loin des pics les plus élevés connus lors des années noires en Algérie et de la déstabilisation de la Yougoslavie. En valeur absolue, cela la situe au deuxième rang européen, mais rapporté à la population, avec 948 arrivées pour un million d’habitants, la France est au 8ème rang européen, et proche de la moyenne des pays de l’OCDE (830 demandes d’asile pour un million d’habitants). Le contraste entre la perception du « problème de la demande d’asile » et sa faible importance numérique est saisissant : il y a neuf fois moins de demandeurs d’asile que d’étudiants hors de leur pays, il y a moins de 1 demandeur d’asile pour 1 000 habitants. Comment arrive-t-on à en faire un problème de capacité d’accueil…?

Enfin, avec 99 000 immigrants ayant quitté le pays en 2013, les français forment le douzième contingent le plus important de nouveaux étrangers dans l’OCDE, un nombre en augmentation supérieure à la moyenne, puisqu’ils n’étaient que 82 000 en 2007. Du coup, la France connaît un solde migratoire quasiment nul, bien inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE et aux pays les plus attractifs.

demande d'asile migrations de travail en Europe Migrations nettes Pays d'origine Tableau des migrations variation annuelle

fais tourner !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Seo wordpress plugin by www.seowizard.org.